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À L'INTERSTICE DES FISSURES
 

À l’interstice des fissures est une performance-installation réagissant à la rupture historique entre la terre et le vivant, où la terre n’est plus considérée comme un être vivant mais comme une ressource à exploiter (Merchant, 2016). La performance de Baillargeon propose une réflexion sur les lieux, les gestes et les temps de la régénérescence. Elle se développe à partir des aiguilles de pin, envisagées comme un symbole de longévité et de résilience à travers une série de gestes ritualisés en guise de reconnaissance du territoire. Cette réflexion s’inscrit dans une démarche écoféministe qui fait écho aux hétérotopies : ces « espaces autres » où les rapports de pouvoir peuvent être révélés, contestés ou réinventés (Foucault, 1967). Baillargeon interroge les logiques d’exploitation qui s’exercent à la fois sur les ressources naturelles et sur les corps, en particulier ceux des femmes et des personnes historiquement marginalisées. À l’interstice des fissures nous invite donc à imaginer des relations renouvelées avec le vivant, fondées sur le soin, mais aussi sur la réciprocité et l’interdépendance

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Dans sa ville natal, Annie Baillargeon rends hommage à ses deux grandes mères qui ont pris soin dans l’ombre toute leur vie avec les rôles de ménagère, cuisinière, couturière, magiciennes des aiguilles à tricoté, décoratrice d’intérieur et aimante inconditionnel.

En performance, elle pense à elles, en se positionnant dans univers propre à l'enfance, ou le jeu, le rose idyllique des princesse et le conte de fée se croisent. Dans cette forêt de pin, colonisé par l'homme, son intention est de leur rendre hommage en gardant en tête que leurs conditions étaient un état obligé venu d’un système hiérarchique, capitaliste, colonialiste et patriarcal. Système qui a dominé autant les forêts que les environnements domestiques. Le langage des cartes géographiques est clair : elles servent à fabriquer le consentement. (Pour un spatio-féminisme : de l'espace à la carte de Nepthys Zwer) Elle a ficelé bout à bout les aiguilles de pins, en rattachant les parcelles du passé pour un future de ménagement. Pour nous, en vieillissant, le risque de mourir augmente. Mais les arbres se contentent de devenir plus grands, plus forts, plus résistants avec l’âge. Ce qui signifie que, chaque année, le risque de mourir pour un arbre diminue, au moins jusqu’à ce que sa taille soit si grande.

Performance À l'interstice des fissures dans le cadre de l'évènement Soin du vivant à Champ libre centre d'art Atoll, Victoriaville,Qc, Canada. 

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 « Faire un territoire, c’est créer des modes d’attention, c’est plus précisément instaurer de nouveaux régimes d’attention. (…) les oiseaux font attention les uns aux autres. Bref, s’arrêter, écouter, écouter encore: ici, maintenant, se passe et se crée quelque chose d’important. C’est sans doute cela également que pourrait signifier le fait d’inscrire notre époque sous le signe du « Phonocène ». C’est ne pas oublier que si la terre gronde et grince, elle chante également. C’est ne pas oublier non plus que ces chants sont en train de disparaître, mais qu’ils disparaîtront d’autant plus si on n’y prête pas attention. Et que disparaîtront avec eux de multiples manières d’habiter la terre, des inventions de vie, des compositions, des partitions mélodiques, des appropriations délicates, des manières d’être et des importances. Tout ce qui fait des territoires et tout ce que font des territoires animés, rythmés, vécus, aimés. Habités. Vivre notre époque en la nommant « Phonocène », c’est apprendre à prêter attention au silence qu’un chant de merle peut faire exister, c’est vivre dans des territoires chantés, mais c’est également ne pas oublier que le silence pourrait s’imposer. Et que ce que nous risquons bien de perdre également, faute d’attention, ce sera le courage chanté des oiseaux. Les oiseaux, en chantant, créent des fils invisibles par lesquels ils se tiennent. »

Vinciane Despret, « Habiter en oiseau.»

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