Entre les différents média utilisés et les dualités inhérentes à la réalité de la femme artiste, Annie Baillargeon compose avec la discordance afin de trouver un équilibre. L’environnement dans lequel les personnages se retrouvent les contraint à agir parfois contre, parfois avec ce même environnement. Chaque œuvre apparaît comme une scène où s’y raconte la constitution de cet équilibre. Forte d’une longue expérience en performance en tant que co-fondatrice du collectif Les Fermières obsédées et, plus récemment, du collectif B.L.U.S.H., Baillargeon compose des images qui intègrent des corps performatifs à des environnements photographiques. Bien que les deux pratiques partagent un imaginaire proche, le travail en solo prolonge le travail en collectif en approfondissant l’aspect introspectif et réflexif. Pour ce faire, elle met en scène devant une caméra des personnages en action qui, grâce à des techniques de photomontages, sont ensuite multipliés, parfois délocalisés et disloqués. Les costumes, les décors et les accessoires qui évoquent souvent la décrépitude, la mort ou le transitoire, fournissent, avec chaque nouveau corpus, différents contextes avec lesquels l’artiste et ses personnages doivent interagir. Ainsi, non seulement on retrouve dans le travail pictural l’aspect révolté, torturé, féministe, festif, voire burlesque qui fait la force de ses performances, mais aussi on y retrouve une approche plus personnelle et étoffée qui permet d’aborder la condition de la femme artiste, la maternité et son héritage religieux. Après la constitution des images et leur impression, l’artiste intervient directement sur ces assemblages photographiques avec de la peinture. Cette manipulation finale ouvre à nouveau le dialogue entre le corps et l’image pour l’intensifier. En même temps qu’elle ajoute une nouvelle dimension, celle du rêve et de la fabulation, la peinture vient réinterpréter la corporalité de l’oeuvre et les corps qui y sont présentés. Dans ce geste et sa trace, se rejouent le mouvement initial du corps performatif et de son identité qui échappent et sans cesse doit être ressaisie.

Through the use of different media and the inherent duality of being a woman artist, Annie Baillargeon organizes discordance in order to find balance. In her compositions, the characters are bound to their environment with ambiguity: it coerces them as much as they master it. Each work appears as a scene where the narrative is this research for balance. Strong from her long experience as a performer (she co-founded the collectives Les Fermières Obsédées and, more recently, B.L.U.S.H.), Baillargeon composes images that integrate performative bodies into photographic environments. Even if the two practices share an analogous imagery, her solo work expands the collective work by deepening its introspective and reflective aspect. To do so, she stages characters in front of a camera which, by means of photomontage, are then multiplied, sometimes even dismantled and dislocated. The costumes, settings and accessories, which often evoke decay, death or the transient, provide, with each new body of works, different contexts for the interaction of the artist and her characters. Baillargeon’s pictorial work not only shows the rebellious, irreverent, feminist, festive, even burlesque aspect that can be found in her performances, but also shows a more personal and refined approach that addresses the condition of the woman artist, maternity and her religious heritage. After photomontage and printing, the artist paints directly on its assemblage. This final manipulation opens a new dialogue between the body and the picture in a way that intensifies it.  The use of paint allows a reinterpretation of the physicality of the work and of the bodies appearing in it. At the same time, painting adds another dimension to the image, one closer to dreams and fables. That gesture and its trace replay the initial movement of the performative body and its evasive identity which has to be seized perpetually.